Depuis son premier Grand Prix au Qatar en 2014, Bastianini a toujours été aux avant-postes dans la catégorie Moto3, s’approchant du but suprême sans pour autant l’atteindre. Troisième du Championnat en 2015 puis deuxième en 2016, il reculait l’an dernier à la sixième position, malgré une Honda de l’équipe officielle Estrella Galicia.

Chez Gresini en 2015 et 2016, Enea pensait atteindre la consécration en 2017 chez Emilio Alzamora, mais aucune victoire ne fut au rendez-vous (contrairement aux années précédentes). Il termina deuxième au Royaume-Uni, troisième en Aragon et en Malaisie. Il est toutefois encore jeune à 20 ans, et bénéficie d’une solide expérience de 70 Grands Prix, avec 2 victoires et 18 podiums. Bastianini évolue cette année chez Leopard Racing, ce qui s’est avéré très bon pour des pilotes comme Danny Kent et Joan Mir.

Mico Melloni de Motosprint (Groupe Corriere dello sport) s’est entretenu avec Enea à l’occasion des tests de Valence. Voici quelques extraits de sa très longue et très intéressante interview.

« En fait c’est une situation de « maintenant ou jamais », a admis Enea. Léopard et Honda ont tout gagné. L’hiver se passe bien, contrairement à il y a un an, quand j’ai été obligé de faire face à la rééducation de mon poignet droit. Et puis, malgré une année difficile, la bonne fin de saison a aidé mon moral. Cependant, nous n’avons pas été assez compétitifs pour gagner. »

Mir avait vraiment une longueur d’avance sur tout le monde ?

« Oui, grâce à  son talent, mais aussi à sa moto. Vous pouviez avoir une bonne idée de la marge qu’il avait sur les autres en voyant la tranquillité avec laquelle il a géré le final de la plupart des courses. »

Quand Romano Fenati a reçu le Casque d’Or, le Romain a défini certaines batailles de Moto3 comme le « Grand Prix du Bronx ».

« Certains pilotes débranchent leur cerveau et parfois les courses ressemblent à un carnage, et tout le monde est poussé à sortir de sa trajectoire. »

Changer d’équipe pour le deuxième hiver consécutif (d’abord de Gresini à Alzamora, maintenant d’Alzamora à Léopard) peut compliquer les choses ?

« Je ne crois pas. En fait, j’ai déjà été confronté à un changement d’équipe et par conséquent je sais à quoi m’attendre, et comment m’y prendre pour rentrer en phase avec de nouvelles personnes. L’année dernière, je n’ai pas pu m’exprimer tout de suite et d’abord je me suis senti mal à l’aise. Puis il y a eu une période où la confiance entre le team et moi a été au plus bas. »

Quel a été le point le plus bas ?

« Sans aucun doute le Mugello. J’étais 17ème en qualification et 11ème en course, mais surtout j’ai vécu le week-end du GP d’Italie, toujours plein d’attentes, de pressions et de stress, en tension avec l’équipe et surtout sans savoir avec quel but je devais courir. En fait, peut-être que dans ce GP, je n’ai pas couru pour un but, et c’est la pire chose pour un pilote. Là j’ai prononcé le fatal « Pire que ça ne peut pas arriver… ». Heureusement j’avais raison, c’était le moment le plus difficile. Les personnes ont réagi et l’équipe a également réalisé que je devais probablement être traité d’une autre manière. »

Compte tenu de votre caractère, avez-vous été assailli par des doutes ?

« C’est inévitable, je suis entouré de gens qui me poussent, leur force est ma force : je pense à la famille et aux amis, qui peuvent dire le bon mot au bon moment. Carlo Pernat est devenu mon manager et m’a donné de bons conseils, il sait comment résoudre certaines situations ».

Depuis que vous avez fait vos débuts en Championnat du Monde à l’âge de 16 ans, avez-vous changé en tant que personne ou en tant que pilote au cours de ces quatre saisons ?

« L’évolution a été principalement à un niveau personnel, mais inévitablement, nous grandissons beaucoup. Le pilote, à la base, est toujours le même. Andrea Dovizioso a offert la confirmation : il a créé une méthode et un environnement parfait dans son stand. »

Vous étudiez Dovizioso aussi parce que vous vous identifiez un peu à lui ?

« J’étudie Dovizioso et Valentino Rossi parce qu’ils sont mes préférés en matière de pilotage. Mais dans le cas de Dovi, il y a aussi cet autre aspect. Je suis un petit peu plus instinctif et moins rationnel qu’Andrea, mais comme lui je n’aime pas aller dans un team sans savoir ce qui va se passer. »

« Mais je veux aussi apprendre de Franco Morbidelli : sa sérénité dans les moments les plus compliqués devrait être prise comme exemple, et l’année dernière il n’avait pas besoin de penser à la moto, tout est venu naturellement, ce qui est le rêve de chaque pilote. »

Quels seront les rivaux dans la course pour le titre 2018 ?

« Jorge Martin a bien terminé l’année dernière et il est dans une grande équipe, Gresini. Il était aussi le seul plus rapide que moi lors des essais de Valence. Ensuite, je vois mon dernier coéquipier, Aron Canet, surtout s’il trouve la bonne régularité ».

Photos © Leopard Racing

Source : Motosprint (Conti Editore Srl)



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